Mémoire Master 2 professionnel
–Didactique des langues étrangères et TICE–
Dirigé par M. Griggs
Connotation négative de l’erreur
Dans l’enseignement des langues, on entend souvent les enseignants se plaindre que les élèves font beaucoup d’erreurs. Aujourd’hui, malgré les différentes méthodes didactiques, l’erreur est encore vue comme un phénomène plutôt négatif, qu’il faudrait alors éviter à tout prix. Toutefois, ce point de vue ne reflète pas la vie quotidienne, car c’est en commettant des erreurs que les êtres humains apprennent. Comme le dit également Astolfi (2004:7):
« L’erreur est dans la vie quotidienne d’une affligeante banalité et le bon sens n’hésite pas à répéter qu’il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas ».
La notion de l’erreur semble donc avoir une connotation négative. Cependant, si tout le monde fait des erreurs, pourquoi est-il si difficile de les accepter? Et si tout le monde en fait, pourquoi cherche-t-on à les éviter? Avant de répondre à ces questions, il faut d’abord regarder d’où vient le terme ‘erreur’.
Origines du terme ‘erreur’
Le mot ‘erreur’ a des origines latines et signifie littéralement ‘errer ça et là’, ‘être dans l’errance’, ou encore ‘être dans l’ignorance’ (cf. Auriac et Fiard (2006: 45). La dernière signification a plutôt eu une connotation péjorative, celle d’une non-connaissance, d’être stupide. Selon la majorité des dictionnaires, l’erreur est quelque chose qui est tenu pour vrai, alors qu’il s’agit en réalité de quelque chose de faux (l’inverse peut être le cas aussi).
La première distinction importante que j’ai faite est celle entre l’erreur et la faute. Cette distinction est très importante, car on a tendance à les confondre. On parle souvent d’une ‘faute’ alors qu’il est possible qu’il s’agisse d’une ‘erreur’, et l’inverse. En effet, les deux termes n’ont pas la même signification. La différence entre les deux notions consiste en une valorisation de l’erreur contrairement à une inutilité de la faute. En effet, la faute a plutôt une connotation religieuse, celle du péché. La faute est commise tout en connaissant ce qui est correct, alors que l’erreur est commise ‘en ignorant le vrai’. La faute est alors plutôt inutile et se commet de manière non intentionnelle. L’erreur ne peut alors pas être une faute.
Sous cette même optique, erreur et faute dans la didactique renvoient également à une distinction de nature: les fautes sont des lapsus causés par l’inattention ou la fatigue que l’élève peut corriger lui-même. Dans ce cas, le système est maîtrisé mais mal appliqué à cause des facteurs comme une mauvaise concentration ou celles mentionnées antérieurement. Par contre, les erreurs renverraient à une méconnaissance de la règle de fonctionnement (par exemple accorder le pluriel de ‘cheval’ en ‘chevals’ quand on ignore que certains substantifs prennent un pluriel irrégulier).
Selon Auriac et Fiard (2006: 21), l’erreur ‘débusque nos faiblesses’ et nos côtés imparfaits. Mazou (1993), cité dans le même ouvrage, va encore plus loin en considérant l’homme comme un ‘agent de fiabilité faillible’. La réalité nous oblige en effet à admettre que le monde est imparfait, donc l’école, qui prépare les élèves à être un acteur dans ce monde, devrait être le miroir, le reflet de cette réalité. Si l’erreur est inévitable, pourquoi on la rejette alors à l’école? En effet, si on n’accepte pas que les élèves fassent des erreurs, ce reflet n’est plus une bonne représentation de ce à quoi on doit les préparer.
Le mémoire et la recherche
Le but de mon mémoire était d’étudier le rôle de la correction de l’erreur dans la classe de langue. Dans beaucoup d’ouvrages, la recherche sur la correction est souvent focalisée sur le comportement de l’apprenant. Cependant, la correction reposant toujours sur deux parties, à savoir l’enseignant et l’apprenant, j’ai focalisé ma recherche sur l’attitude de l’enseignant vis-à-vis du traitement de l’erreur.
Dans le premier chapitre, je me suis penchée sur les différentes définitions de l’erreur et sur les représentations qu’elle a prises à travers les années. J’y ai abordé les questions suivantes:
1. Quelle est la définition de l’erreur? En quoi diffère-t-elle du terme ‘faute’?
2. Quelle place l’erreur occupe-t-elle dans les différentes approches d’acquisition? Comment le statut de l’erreur a-t-il évolué?
J’ai également regardé de plus près comment l’erreur est représentée dans l’approche actionnelle, l’approche didactique la plus récente décrite dans le ‘Cadre européen commun de référence pour les langues’.
Après avoir analysé la signification de l’erreur et avoir vu son évolution à travers les années, je me suis proposée de regarder de plus près la typologie des erreurs et de la correction. Ce deuxième chapitre est basé sur les questions suivantes: Quel type d’erreurs distingue-t-on? D’où viennent-elles exactement? Vu que mon mémoire porte sur le traitement de l’erreur en classe de langue, j’insiste plus en détail sur les processus qui jouent un rôle dans une production en langue étrangère à l’aide de la théorie de Levelt. J’y offre également une catégorisation de l’erreur basée sur l’apprentissage d’une langue étrangère.
D’autres questions qui surgissent dans le deuxième chapitre sont les suivantes: Pourquoi corriger les erreurs, quand et comment? Quels types de corrections connaît-on?
Finalement, dans le chapitre 3 je décris la recherche empirique. Pour la réaliser, j’ai suivi quelques professeurs de langues afin d’analyser leur attitude vis-à-vis de la correction de l’erreur. Pour ce faire, j’ai fait des observations pendant six heures de cours d’anglais pour comparer les comportements des professeurs avec leurs points de vue vis-à-vis de la correction de l’erreur. En lien avec le chapitre 2, j’analyse les types d’erreurs ainsi que les types de correction dont il a été question pendant ces cours. Les résultats sont d’ordre quantitatif et d’ordre qualitatif. L’accent est notamment mis sur les différences entre les enseignants et l’explication de ces diférences trouvées.
Hypothèse
Comme point de départ j’ai utilisé l’hypothèse suivante:
La correction est un choix (conscient ou inconscient, mais toujours basé sur des facteurs). Les facteurs que j’ai décrits sont les suivants:
- Le niveau des apprenants
- Le type d’activité
- Les représentations de l’erreur chez l’enseignant lui-même
- La nature de la tâche
- La configuration de la classe
J’ai vu que l’attitude des enseignants par rapport à la correction de l’erreur n’est pas aléatoire mais toujours basé sur un choix. Pour vérifier l’hypothèse, j’ai créé un questionnaire pour les enseignants suivis, qui nous aide à comprendre leurs choix concernant le traitement de l’erreur.